— Le titre ne signifie rien, dit le théoricien de la maison. Le public ne sait pas le titre des pièces. Il va voir la pièce de la Renaissance ou la pièce des Variétés.
— Pourtant, si le titre est plaisant, engageant ?
— Un bon titre n’a jamais sauvé une mauvaise pièce.
C’est entendu. Mais un bon titre ne fait pas de mal à une bonne pièce. Et, comme ce jour-là on est persuadé qu’on fait une pièce admirable, on rentre chez soi, on réfléchit, mais on réfléchit sérieusement ; le cerveau travaille, et ne fait pas du sur place. Et l’on finit par trouver un titre qui plaît à tout le théâtre… On envoie immédiatement la note aux journaux. La pièce est annoncée le lendemain avec son nom, son étiquette éternelle que répéteront nos petits-neveux… Le surlendemain paraissent des lettres de revendication : d’un romancier dont le roman a été imprimé en feuilletons il y a douze ans ; d’un auteur dramatique qui a remis un manuscrit au directeur d’un théâtre suburbain.
— Excellent, dit le directeur. Gardez votre titre. Ne le changez qu’à la dernière extrémité. Attisez la polémique…
Le conseil est bon. Je prends désormais, par principe, sauf à le changer après, le titre de pièces déjà existantes, avec l’espérance, jamais déçue, que les intéressés le revendiqueront.
CHAPITRE XIII
L’AUTEUR
Si, pendant les répétitions de sa pièce, l’auteur n’était pas préoccupé du résultat final, s’il ne se demandait pas constamment : « Ça va-t-il marcher ? » en passant alternativement par le pronostic adorable du succès triomphal et l’affreux pressentiment de la tape noire, si, au lieu de se dire : « Oh ! que cette scène est longue et ennuyeuse ! » ou bien : « Les personnages n’ont aucun intérêt », il pensait, en somme, à sa pièce avec plus d’insouciance, s’il ne croyait pas, comme il le croit, que Paris et le monde entier attendent avec angoisse l’événement qui se prépare, s’il avait le courage, la lâcheté, la sagesse de laisser aller les choses comme elles vont, ah ! comme il s’amuserait à l’avant-scène ! Mais il n’a pas le cœur à s’amuser.
Il n’y a pas au monde un autocrate plus absolu, un dictateur plus inflexible que ce personnage souverain qui s’appelle le metteur en scène. Il est jaloux de son autorité à un point que l’on ne saurait dire.
Quelquefois, des artistes de grand renom se permettent de n’être pas tout à fait de son avis. Comme ce sont des personnages à ménager, il veut bien entrer en discussion avec eux. Mais que cet être misérable, minable, infime, au-dessous de rien, qui s’appelle l’auteur de la pièce, esquisse une timide intervention, ou bien le metteur en scène (s’il est bon enfant) enverra dinguer l’importun, ou bien il affectera un ton plein de condescendance ironique, et dira à l’acteur :