Il est bizarre que ces mots : « auteur » et « autorité » paraissent avoir la même racine. Personne, dans un théâtre, n’a moins d’importance que l’auteur de la pièce… Il semble toujours qu’on l’ait fait venir là, parce qu’il fallait un auteur, comme il faut un pompier de service, ou un sergent de ville à la location. Les artistes s’adressent quelquefois à lui pour avoir un mot de sortie, parce que leur scène finit mal. Une petite soubrette lui demande de la faire revenir au troisième acte, ou un acteur de second plan, qui voudrait être libre de bonne heure, désire, au contraire, qu’on lui coupe ses deux mots du « trois », afin de ne pas être obligé d’attendre la fin. Mais les grosses légumes de la maison, directeur et artistes en vedette, ne tolèrent l’auteur parmi eux que s’il se montre soumis, doux et plein de réserve. Quand la pièce a du succès, on le félicite de sa chance. Mais on ne pense pas qu’il ait rien fait pour ça…
Un jour — tout arrive — un vaudeville d’un auteur que je connais, remporta, à la répétition générale, un succès marqué. Or, on n’y avait pas cru dans la maison. A la lecture aux artistes, le « un » avait beaucoup porté ; les « mots » avaient fait rire. Le « deux », tout en situation, avait semblé très morne, surtout au directeur…
Le premier acte, à la générale, porta gentiment, sans excès. Mais le second acte fut un long éclat de rire. La pièce eut un très beau départ, fit le maximum tous les soirs, et pas mal de location d’avance.
A une des premières représentations, le directeur et l’auteur se trouvaient sur la scène derrière un portant. C’était pendant le deuxième acte, et l’on entendait d’énormes vagues de rire se soulever dans la salle…
— Voilà, dit agressivement le directeur à l’auteur, voilà où le public s’amuse !…
Et il ajouta avec mépris :
— Ce n’est pas à vos « mots » du premier acte.
Et l’auteur, très confus, dut penser que si le second acte amusait autant les gens, c’était sans que lui l’eût prévu ; et il se dit humblement que son succès s’était produit en dehors de ses intentions, comme un cataclysme…