Le tort très fréquent de certains comédiens « d’autorité » est de sacrifier le succès de la pièce à leurs effets personnels : ceux-là jouent très lent, pour permettre aux auditeurs les plus éloignés de la scène et les plus arriérés d’esprit de ne pas perdre un atome de ce qu’on leur envoie. Je connais un de ces professeurs de diction, comédien de grand mérite, d’ailleurs, qui prend des « temps » tellement longs à la fin de ses phrases que le régisseur est obligé de frapper plusieurs coups, de son bâton, pour empêcher que le public ne croie que c’est l’entr’acte, et ne sorte de la salle.

CHAPITRE XXX
L’ACTEUR DOIT-IL ÊTRE INTELLIGENT ?

Il y a bien longtemps, quelque chose comme vingt-cinq ou trente ans, un débat s’éleva dans la presse théâtrale sur une question agitée d’ailleurs auparavant : les acteurs devaient-ils ou non être intelligents ?

Autant que je me le rappelle, Francisque Sarcey déclara qu’à son appétit l’acteur non seulement n’avait pas besoin d’être intelligent, mais qu’il valait même mieux qu’il ne le fût pas.

Cet oncle Sarcey n’était pas une bête. D’autre part, il connaissait le théâtre. D’où vient qu’il pût émettre ce jugement qui nous paraît aujourd’hui assez étrange ?


Avant d’aborder la question, il n’est pas inutile de s’entendre sur certains termes.

Qu’est-ce qu’un homme inintelligent ?

Il ne faut pas confondre, par exemple, un pauvre imbécile avec un… mettons avec un sot, puisque nous ne pouvons imprimer ici le mot que je veux dire, tout aussi court, et beaucoup plus énergique et expressif.

Un imbécile est un faible d’esprit.