Un… sot peut être capable de comprendre beaucoup de choses. C’est moins l’intelligence qui lui manque qu’une sorte de tact.
Donc, posons ce principe que le sot n’est pas un imbécile.
Qu’il y ait des sots insupportables, cela n’est pas en question. Les sots font honneur à leur prochain, surtout parce qu’ils ont de la fatuité, de la jactance. Il y a des hommes remarquables, des gens de talent, qui peuvent être des sots.
Très souvent, le prochain n’est pas, dans son mépris des sots, équitable. Il les condamne, non pas par justice, mais parce que leur insuffisance offense sa vanité.
Rien ne nous blesse autant que la « suffisance » de notre semblable. En effet les gens suffisants ont l’impertinence de nous montrer qu’ils se suffisent à eux-mêmes. Or, si nous n’aimons pas toujours qu’on ait recours à nous, nous sommes vexés qu’on n’ait pas besoin de nous, et que l’on se passe de notre aide.
L’homme qui regardera les sots sans malveillance, sans être irrité de leurs succès, s’apercevra que, très souvent, ils méritent de réussir, parce que beaucoup d’entre eux ont des ressources intellectuelles considérables. Leur intelligence, plus ou moins grossièrement étalée, est assez puissante. Ce sont, en somme, de riches natures, qu’il faut préférer à beaucoup de médiocres sans sottise. Si ces derniers sont moins encombrants que les sots, ce n’est pas de leur faute : c’est qu’ils manquent de volume pour encombrer, voilà tout.
Les sots sont peut-être gênants dans les salons. Dans la société, ils sont beaucoup moins dangereux qu’ils ne sont utiles. Ils représentent tout de même quelque chose d’important. Leur activité produit souvent des résultats considérables, justement parce qu’elle n’est réfrénée par aucune timidité, aucune peur stérilisante de gaffer. Les sots sont, en somme, des gens qui agissent, et donnent de l’animation à la vie sociale.
Rien ne s’oppose à ce qu’un sot soit un excellent acteur. Le manque de tact qui, dans l’existence ordinaire, constitue sa sottise, aura moins d’occasions de se manifester dans un rôle, où il faut dire un texte écrit d’avance, et ne dire que cela.
Un sot peut très bien, sur les indications de l’auteur, ou par instinct, rendre les nuances d’un personnage. Un simple imbécile, qui ne comprend rien, n’y arrivera pas.