Le bon soiffard dont parlait le patron est, lui, du moins, un fameux client pour la maison. J’en ai vu un, la semaine dernière, un soir que j’étais entré au café de la Renaissance. C’était un petit homme tout rond et tout rasé ; il était en habit, avec un devant de chemise un peu fatigué. Il regardait devant lui, dans le vague ; c’était l’expression douce, charmante, presque lascive, du monsieur qui en a son compte. Il me regarda un instant. Il me semblait que je l’avais peut-être vu. Et, comme il continuait à me regarder, je lui souris imperceptiblement.
Alors, il s’approcha de moi et, de la façon la plus cordiale et la plus nonchalante :
— Tu vas bien, vieux ?
Je m’aperçus, à cette apostrophe familière, que je ne le connaissais pas du tout.
Il se fit apporter un kummel et s’installa à côté de moi.
— Je suis venu avec des amis, que tu dois connaître, les…
Il me cita un nom, que j’entendais pour la première fois. Mais j’inclinai la tête, pour couper court à toute explication.
— Mon vieux, ce Guitry, il est épatant, tu sais. Voilà un artiste !