Cependant, ce champion du tapage était capable de lasser les volontés les meilleures. Encore deux ou trois fois, et le patron ne marcha plus.

« Mon individu parvint un jour, malgré les consignes, à forcer la porte directoriale.

— Comment, c’est vous !

— C’est moi. Oui, je vous ai déjà demandé trop de places, cette année ; je m’en rends compte… Aujourd’hui, c’est une affaire très grave qui m’amène. Il faut, ou que vous me prêtiez une somme de quatre mille francs ou que vous me donniez une loge de six places. L’offre de cette loge me permettra d’emprunter la somme. Je pense que vous n’hésitez pas et que vous préférez me signer le coupon ?… »

« Il disait cela gentiment, comme s’il eût consenti une commutation de peine en faveur du malheureux directeur.

« Mais lui, cette fois, ne perdit pas la tête.

— Mon ami, il m’est impossible, vous vous en doutez, de vous prêter la somme en question… Tout mon argent est placé, et je n’ai aucune espèce de fonds disponibles… D’autre part, en raison du succès de ma pièce, je ne puis donner, en ce moment, un seul billet de faveur. Toutefois, pour vous obliger, je vais vous prêter trois louis, avec lesquels vous passerez tout à l’heure au bureau, où vous retiendrez une loge de six places…

« Et, ce qui est beau, c’est qu’on ne l’a plus revu. Bien entendu, il n’a pas pris la loge à la location. Mais je le soupçonne de m’avoir fait demander, une demi-heure plus tard, sous un nom supposé, une autre loge de faveur où il a envoyé tout son monde.

« Le patron pensait que soixante francs, ce n’était pas cher pour être débarrassé d’un tel homme. D’ailleurs, il eut l’heureuse chance de tomber sur un individu un peu gêné. Bien souvent, le tapeur de billets n’est ni gêné, ni avare. L’important pour lui, ce n’est pas d’économiser de l’argent, c’est d’avoir des billets. Aime-t-il même le théâtre ? Ce n’est pas sûr… Il aime les billets. »

CHAPITRE XXXVI
LE PAYANT