— Si vous étiez des aventuriers, dit-elle, vous auriez probablement des certificats bien en règle… J’en ai fait quelquefois l’expérience. Mais, jeune homme, vous m’inspirez confiance…
C’était la première fois que M. Planchet recevait un témoignage aussi amical, et ceci se passait le jour même où il avait fait le premier mensonge sérieux de sa vie…
Cependant la placeuse avait appuyé sur un timbre…
— Mon neveu va prendre ma petite voiture et il vous conduira chez les personnes en question. Il sait où c’est. C’est à deux kilomètres de la ville. En attendant, vous pouvez aller prendre vos bagages.
Depuis que M. Planchet s’était résolument lancé dans la voie féconde du mensonge, il ne risquait plus d’être pris au dépourvu. Il avait à sa disposition, pour les amateurs, un grand choix de contre-vérités.
— Nos bagages, nous ne les avons pas encore. Il y a dû avoir une erreur d’enregistrement et nos malles n’étaient pas dans le fourgon (cela, au moins, était scrupuleusement exact : les malles n’étaient pas dans le fourgon).
Il ajouta avec philosophie :
— Elles arriveront quand elles arriveront.
— Vous pourrez demander une indemnité à la Compagnie, dit la placeuse.
M. Planchet, par une moue, semblait dire qu’il n’aimait pas se lancer dans une procédure tracassière.