— C’est votre affaire, dit la placeuse.

Cependant, un neveu, grand et penché comme un peuplier fragile, était apparu dans l’embrasure de la porte.

— Tu vas conduire ce jeune homme et cette jeune fille à l’adresse que je mets sur cette lettre… Comme je ne peux vous accompagner moi-même, il faut que je vous remette un petit mot pour le patron, où j’expliquerai que vous n’avez pas de certificats et où je prendrai ça sur moi. Il me connaît et il sait que je ne lui enverrais pas des indésirables.

Planchet aurait peut-être été gêné en d’autres circonstances d’usurper ainsi la confiance d’une brave dame. Mais la nécessité toute-puissante le débarrassait de ses scrupules. D’ailleurs, il se rendait compte qu’il était un simple menteur et n’avait rien d’une dangereuse fripouille.

Il n’était pas tranquille, cependant, sur la suite de l’aventure. Car, s’il se croyait en état de faire un valet de chambre passable, il doutait fort des qualités de Catherine comme éducatrice de la jeunesse et maîtresse de français. Bien qu’elle se laissât entraîner plus passivement vers l’inconnu, la fille de l’aubergiste, elle non plus, n’était pas trop rassurée. Comme une vitre protectrice les séparait du neveu qui conduisait la voiture, Catherine put parler à demi-voix à M. Planchet de ses appréhensions.

Il répondit hardiment :

— Vous en faites pas.

Cette réponse indique moins une solution de la difficulté que son ajournement. Il s’en rendit compte et chercha tout de même le moyen de parer aux événements.

— Voilà, dit-il au bout d’un instant. On va probablement vous demander vos diplômes. Vous répondrez : « J’ai mon brevet supérieur. » On vous dira de donner la leçon…

— C’est effrayant, dit Catherine… Si on retournait chez papa ?…