— Je veux bien, dit Planchet. Mais, là-bas, il y a des gendarmes. A moins que vous soyez disposée à y retourner toute seule…

Elle se serra contre lui très gentiment : geste d’attachement plus facile que des paroles, beaucoup plus expressif tout en étant moins gênant. La question se trouvait réglée.

— Si on vous demande de donner la leçon, dit Planchet, voici ce que vous ferez : les enfants auront bien des livres d’étude, d’arithmétique, de dictées, de fables, d’histoire et de géographie. Vous leur donnerez des leçons à apprendre et, le lendemain, vous leur ferez réciter leurs leçons en suivant dans les livres. Jusqu’à quel âge avez-vous été à l’école ?

— Jusqu’à treize ans. Mais je n’y allais pas tous les jours…

— … Oui… Vous noterez les leçons que vous avez donné à apprendre. Et nous trouverons bien un moment pour que je vous explique, à vous, ce que cela veut dire, afin que vous puissiez leur refiler mes explications, si les parents sont là. Si les parents ne sont pas là, les enfants s’en fichent… Je sais ça, je vous dirai, parce qu’un été j’ai été précepteur pendant quinze jours…

— Oui, mais vous, vous êtes savant, dit Catherine.

— Possible, dit Planchet. Mais le peu de science que j’ai dans la tête, au bout de ces quinze jours, il n’en avait pas passé beaucoup dans la tête des enfants.

Cependant, la voiture était arrivée à l’entrée d’une grande allée. Une porte s’ouvrait dans une belle grille, et le neveu efflanqué entra par une courbe aisée dans l’avenue, comme si la résidence, que l’on apercevait au fond, avait été de tout temps le domaine de ses pères.

Les visiteurs devaient être attendus avec une certaine impatience. Un monsieur et une dame, âgés l’un et l’autre, se tenaient sur le perron. Planchet et sa compagne furent examinés de la tête aux pieds. Puis le monsieur lut avec attention la lettre de la placeuse… Au fond, les gens qui cherchent des domestiques sont comme ceux qui se marient : ils ne demandent qu’à avoir confiance. Mais Planchet, lui, avait de moins en moins de foi dans le succès de l’aventure. Il avait eu deux heures d’aplomb… C’était beaucoup pour lui. Il commençait à se sentir abandonné par son courage.

Le vieux monsieur prit la parole :