— Mademoiselle aura à s’occuper de ma petite-fille, la fille de mon fils aîné. Ses parents sont en voyage et on nous l’a confiée. Elle a douze ans et je crois qu’elle est déjà très instruite pour son âge…
… La tâche de l’institutrice se trouvait peut-être simplifiée du fait que l’élève était plus forte qu’elle. Mais Catherine allait avoir auprès d’elle un juge un peu dangereux.
— Quant à vous, dit la maîtresse de maison à M. Planchet, il faudra vous préparer pour servir à table ce soir. Et je voudrais que vous vous mettiez sans retard aux carreaux de la salle à manger.
— Mme Bourru, dit le monsieur, m’écrit qu’il n’a pas sa malle. Vous aviez probablement votre habit dans votre malle ?
Planchet fit un signe affirmatif. Le monsieur déclara :
— Je lui donnerai, en attendant, un vieil habit à moi, qui est encore très frais.
Tout semblait s’arranger le mieux du monde, mais la sécurité n’habitait pas l’âme de Planchet.
On lui demanda son prénom. Faute d’en trouver tout de suite un autre, il sortit le sien : Horace, qui étonna le monsieur et la dame, mais les flatta un peu. Ils annoncèrent qu’ils ne déjeunaient pas là, à la grande satisfaction de Planchet qui préférait ne pas commencer tout de suite son métier de serveur. Miss, déclara madame, déjeunerait dans sa chambre et serait servie par Horace.
Puis, comme il restait un bon moment avant de s’en aller déjeuner en ville, on décida de faire entrer Catherine tout de suite en fonctions.
Le bon grand-père alla dans une pièce voisine chercher l’élève, qui apparut sous les traits d’une trop grande fille, aux cheveux raides et d’un blond pâle. Un binocle lui donnait un air studieux un peu inquiétant.