Brec aimait-il le spectacle ? On ne l’a jamais su. Entré dans la maison à l’âge de onze ans, Brec, qui avait entendu aux répétitions les bribes de cent vingt pièces inédites, vu périr ou prospérer douze directeurs, monter et décliner autant de gloires d’artistes, Brec n’était jamais allé au théâtre.

Le prix de Diane en matinée

Le marquis de Hottebrède, ses cheveux noirs cachés sous d’épais cheveux blancs, le visage soigneusement ridé, est sur le point d’entrer en scène, pour sa grande scène du troisième acte. A ce moment le traître Fourval, qui vient de poser ses conditions à la marquise, sort de scène, laissant Claire de Hottebrède effondrée sur un beau canapé ancien, prêté au théâtre par un grand tapissier.

Le Marquis, au traître. — Ça doit être couru à cette heure-ci. Il est quatre heures dix… Puisque tu n’es pas de la fin du trois, tu devrais faire un saut jusque chez le bistro, où les résultats sont affichés…

Le Traître, timidement. — Oh ! mon vieux, maquillé comme ça…

Le Marquis. — Ça n’a aucune importance. Il n’y a personne dans les rues… Tout Paris est à Chantilly ou à la campagne. Non, mon vieux, vas-y. J’ai six louis d’engagés dans la course, tu donneras le résultat à Fauvel. Il me l’apportera avant mon agonie.

Le Traître. — Oh ! tu fais de moi ce que tu veux ! (Il sort, pendant que le marquis, après s’être fortement voûté, entre avec trente années de plus pour la grande scène qui a fait le succès de la pièce (déjà 234 représentations), et s’avance jusqu’au canapé.)

La Marquise, levant la tête, et suffoquée de surprise pour la deux cent trente-cinquième fois. — Renaud !

Le Marquis. — Je vois que vous ne m’attendiez pas. (Elle se lève. Il s’approche du canapé et s’y assied. Elle est en face de lui. Ils se regardent en silence.)

La Marquise, bas. — T’as l’résultat ?