Le Directeur. — Il l’abîmera davantage. Je sais ce qu’il peut faire maintenant. Il est encore capable d’apporter un travail de premier jet qui ne soit pas trop débecquetant. Mais si on lui dit de modifier, il ne voit plus clair, et il fait des bêtises. On va jouer la pièce telle quelle : ça donnera ce que ça donnera.
Omer. — Et alors, les indications qu’il nous envoie ! Dire qu’il faut avoir l’air d’écouter ça !
Le Directeur. — Il n’a jamais eu la moindre idée du travail d’avant-scène. Heureusement que, devant moi, il n’ose pas s’en mêler.
SCÈNE QUATRIÈME
L’AUTEUR, OMER, LE DIRECTEUR, PLUSIEURS AMIS
(Après la répétition générale. Des applaudissements assez copieux ont salué le nom de l’auteur. Il est venu du monde sur le plateau en assez grand nombre, et les compliments, assez abondants ont paru assez sincères. Sur la scène, on croit assez au succès. L’auteur y croit peut-être un peu trop.)
L’Auteur, embrassant le directeur solennellement. — Voilà le grand homme de théâtre à qui je dois mon succès ! (A Omer, qu’il embrasse.) Mon vieux, tu as été génial ! Encore une belle bataille que tu m’as fait gagner !
Omer, sincère. — Avec une pièce pareille ! Tu n’as rien fait de plus beau ! Et je ne vois personne à l’heure actuelle…
Le Directeur, sincère. — Je ne m’y suis jamais trompé.
ÉPILOGUE
Le lendemain, la presse est tiède, la location un peu traînante. L’auteur, en les adjurant de ne pas divulguer ses paroles, confie successivement à vingt-quatre amis, et toujours avec sincérité, qu’il est trahi par l’interprétation et massacré par le metteur en scène.