Le chef d’orchestre

Il dirigeait, dans un théâtre de comédie, quatre musiciens, installés en coulisse, et chargés de créer l’atmosphère, pour la grande scène de séduction du trois.

Petit homme sans prestige extérieur, il s’efforçait d’être chevelu, compensant la rareté de ses crins par leur longueur. On voyait par place, sous le ramenage incomplet, des îlots de cuir jaune, stériles en poils, mais généreux en pellicules.

Je crois qu’il profitait de son emploi de chef d’orchestre pour faire entendre sournoisement des morceaux de sa composition.

J’avais amené à une répétition de travail un ami d’enfance avec qui j’avais déjeuné. Mais il eut beaucoup de peine à suivre ma pièce, constamment hachée d’interruptions par le directeur, qui avait décidé ce jour-là de s’occuper surtout des bruits des coulisses.

L’acte de la séduction se passait à Fiesole. Une toile de fond qui, dans une pièce précédente, avait représenté les environs d’Hyères, évoquait cette fois avec la même complaisance un paysage florentin. Serge, appuyé à une balustrade, glissait des paroles perverses dans la nuque troublée de Madame Alfonso. J’avais particulièrement soigné ce passage, et je guettais d’un œil oblique l’impression de mon ami d’enfance… A ce moment, le directeur, assis près de nous à l’orchestre, cria d’une voix formidable :

— Et la musique !

Tout le monde s’arrêta. Serge, abandonnant la séduction de Madame Alfonso, se tourna vers le patron :

— Mais elle joue, la musique… Nous l’entendons parfaitement d’ici…

— C’est moi qui dois l’entendre. Où est le chef d’orchestre ?