Après chaque acte, il va de groupe en groupe. Il lui semble toujours que son approche arrête les conversations. Un ami se détache des autres, prend l’auteur par le revers de son paletot et lui parle avec gravité, comme un tuteur à un pupille dissipé.

«  — Mais enfin, dit l’auteur, est-ce que tu crois que ça marchera ?

«  — Je le crois… oui… je le crois… », dit l’ami sur un ton visiblement charitable.

Cependant l’auteur s’est approché de l’administrateur qui, n’ayant pas encore pris le vent, sourit avec politesse et ne dit rien.

« Ça vous a plu ? » demande l’auteur avec un grand effort de courage.

Même quand il n’est pas du bâtiment, l’administrateur sait déjà que la réponse non compromettante en cette circonstance est : « Il y a de bonnes choses… »

«  — Enfin, croyez-vous que ça marchera ?

«  — Eh bien, il faudra voir ça devant du public…

«  — Enfin, dit l’auteur d’un ton faussement dégagé, vous ne croyez pas… à un insuccès ? »

Dire qu’après la lecture on avait prévu mille représentations ! Et le misérable ne songe maintenant qu’à sauver l’honneur…