« Non, dit l’administrateur, non ; je ne pense pas que ça puisse être un insuccès… Vous êtes aimé du public. »

L’auteur eût préféré que sa cote d’amour n’eût pas l’occasion de jouer. D’ailleurs, comme disait Capus, la faveur qui s’attache au nom d’un écrivain n’opère que pendant les dix premières minutes après le lever du rideau.

Passé ce délai de grâce, l’auditoire devient anonyme, sans affection, dénaturé, barbare, c’est-à-dire juste.

La concierge du théâtre

A vrai dire, la concierge que j’ai en vue ne faisait pas exactement partie de la faune des plateaux. Mais, en thèse générale, il ne faut pas exclure du plateau les concierges de théâtre. Il y en a qui s’y égarent, quand elles sont chargées d’un message pressé pour une artiste.

Mme Mageon était une femme de haute taille et de la plus grande épaisseur. Elle ne donnait pas l’impression d’être mobile, mais, comme on la retrouvait dans sa loge à des endroits différents, il fallait admettre tout de même qu’elle s’était déplacée.

Elle était mariée à un vieux petit écureuil, employé en ville l’après-midi, et que l’on voyait le soir monter et remonter sans relâche l’escalier des loges. On l’appelait Mageon, parce qu’il fallait bien lui donner le même nom qu’à sa femme, mais ils appartenaient à des classes sociales bien différentes, sinon comme éducation et comme langage, du moins comme aspect extérieur. Lui n’était qu’un simple petit commissionnaire de Paris. Mme Mageon rappelait certaines sculptures majestueuses d’Égypte ou d’Asie Mineure, dont je ne préciserai pas aujourd’hui l’époque, faute de compétence et d’ouvrages spéciaux sous la main.

Mme Mageon, énorme et surmontée d’une très ancienne torsade de cheveux, avait, au moins pendant une heure du jour, l’occasion d’exercer une fonction à peu près digne de sa majesté : c’était le moment où les quémandeurs de places venaient chercher les réponses.

Un règlement, en vigueur dans presque tous les théâtres, spécifie que les réponses non réclamées à 6 heures au bureau du secrétaire général, seront descendues chez le concierge.

Parmi ces enveloppes, il y en a qui renferment un coupon, et d’autres la lettre même du quémandeur, sur laquelle un crayon bleu a tracé la formule de regrets traditionnelle.