—Je n’ai pas d’argent, mais je peux en avoir à Paris.
Elle se frappa le front...
—Mais j’y songe! J’ai 3.500 francs à toucher à Paris, chez un homme d’affaires. J’avais donné à Larcier une autorisation de toucher cette somme et de me la rapporter. Car vous savez qu’il comptait aller passer quelques jours à Paris. Il serait tout à fait curieux qu’il fût allé chez cet homme d’affaires pour toucher cet argent. Je sais très bien que ce n’était pas à lui; mais vraiment, s’il est affolé par la poursuite de la justice, je l’excuse parfaitement, et même je l’approuve. Il a eu raison de se procurer de l’argent où il a pu. Il savait que je ne le désavouerais pas.
Nous arrivâmes à Paris, après avoir déjeuné dans le train du contenu d’un petit panier. Il était deux heures environ quand nous débarquâmes à la gare de l’Est.
Je pris le bras de Blanche. J’étais heureux de me promener avec elle dans ces rues où j’avais été élevé, autour de la gare de l’Est, la rue de Chabrol, la rue d’Hauteville, dans tout ce quartier propre et un peu sévère, animé par le commerce et par la montée des voyageurs vers les gares de l’Est et du Nord.
Maintenant, ma famille s’était retirée à la campagne, en Bourgogne. Je n’avais à Paris que quelques cousins que je ne tenais pas à voir...
J’étais résolu à mener avec Blanche une vie très libre de voyageur étranger.
Nous descendîmes dans un hôtel de la rue Vivienne où j’étais venu quelquefois. Blanche avait une chambre au premier. On avait d’abord voulu m’en donner une près de la sienne, mais j’avais refusé et j’en avais demandé une autre, à l’étage supérieur. Il y avait déjà vraiment entre nous trop d’intimité...
Mais nous avions pris, une fois pour toutes, l’habitude de nous promener bras dessus bras dessous, en bons camarades.
Nous étions venus à pied à l’hôtel. Nous avions confié nos valises à un commissionnaire qui se tenait devant la gare avec sa voiture à bras.