—Vous connaissez le jardin de Toul?

—Oui, me dit-il. J’y suis allé avant-hier. C’est pour cela que nous ne sommes partis que plus tard... Je ne savais pas comment l’enquête avait été menée là-bas... Légèrement... un peu légèrement. Ils n’ont même pas été jusqu’au grenier, où se trouvait une caisse de vieux papiers intéressants. Ce sont ces papiers qui m’ont fourni des indications pour mes recherches à Londres. J’ai vu quelles relations le vieux Bonnel avait ici. J’ai vu qu’il était en rapport avec un nommé Hilbert, qui est homme d’affaires à Londres.

—Alors vous avez pensé que Larcier, ayant trouvé de ces papiers parmi ceux qu’il a emportés, s’est mis en relation avec ce Hilbert?

M. Galoin ne répondit pas. Il fit simplement un geste évasif dont je ne saisis pas la signification et dont je fus un peu surpris; car il m’avait semblé que, sur la piste mystérieuse qu’il suivait en ce moment, il s’avançait avec beaucoup de certitude.

—Le diable, continua-t-il, c’est que ce Hilbert n’habite plus à l’adresse que j’ai retrouvée dans les papiers du grenier. Ils sont assez anciens. Ils remontent à dix ou douze ans. Depuis ce temps-là, Hilbert a déménagé probablement deux fois. Je ne sais pas exactement où il perche, mais je sais qu’il est vivant, et qu’il est à Londres. L’adresse qu’indiquaient les papiers de Toul est une petite rue près de Ludgate-Hill. Je m’y suis rendu cet après-midi. Hilbert en est parti depuis longtemps, et je n’ai d’abord trouvé personne qui se souvînt de lui. Ce n’est qu’au bout d’un moment qu’ayant frappé à tout hasard à une porte, dans l’escalier, au deuxième étage, je me suis trouvé en présence d’un vieux commis d’assurance qui se souvenait de Hilbert, et qui a pu m’indiquer, non pas l’adresse de mon homme, mais un marchand de tabac de Fleet street, dont Hilbert avait été jadis le client et l’ami. Je me suis rendu dans Fleet street... Ce marchand de tabac avait cédé son fonds. Son successeur ne savait pas du tout où il demeurait, mais il m’a donné l’adresse d’une autre personne qui sait où est présentement le marchand de tabac... Vous voyez qu’il faut y mettre de la patience. Cette autre personne n’était chez elle ce soir; je la verrai sûrement demain matin, et je pense bien retrouver le marchand de tabac dans la journée de demain. Je pense que le marchand de tabac ne sera pas long à me donner l’adresse de Hilbert et, quand j’aurai mis la main sur Hilbert, je retrouverai promptement... Enfin nous ne serons pas loin de la solution.

—Mais croyez-vous, interrompis-je, que Larcier soit encore à Londres?

M. Galoin fit son geste évasif. Il en était ainsi toutes les fois que je lui parlais de Larcier, et il semblait avoir complètement oublié celui que nous recherchions.

Je me disais: «C’est un homme qui ne complique pas les difficultés. Il veut d’abord mettre la main sur Marteau, et il sait que, quand il aura Marteau, Larcier ne sera pas loin.»

—Je vais avoir ma journée de demain très occupée, continua M. Galoin, ce qui vous permettra de faire visiter plus complètement Londres à Mᵐᵉ Chéron... Elle est charmante, cette dame!

M. Galoin savait-il les rapports exacts qu’il y avait entre Blanche Chéron et moi? Etait-il au courant des relations de Blanche et de Larcier?