—Non, mon lieutenant, je vous assure.

—Eh bien, mon ami, croyez-moi, ne vous attardez pas, et revenez là-bas, vous savez. Il faut tenir compte un peu de l’opinion du monde. Une fois qu’on a commencé à dire du mal de quelqu’un, et à se faire une mauvaise opinion de lui, c’est très difficile aux amis de faire revenir les gens sur leur idée. Rentrez donc à Nancy.

J’écoutais parler le lieutenant. Il s’exprimait comme un homme du monde d’une intelligence moyenne, qui aime bien parler, dire des choses sentencieuses. Il occupait ainsi, en discourant avec une autorité satisfaite, les quelques instants qu’il avait à tuer en attendant le moment de déjeuner et de partir pour les courses.

Il me demanda si je n’irais pas à Epsom l’après-midi. Il y avait perdu deux cents livres la veille. Il me parla du spectacle de l’Empire et de l’Alhambra, et m’invita à aller le voir à l’hôtel Carlton, si j’étais encore à Londres pour quelques jours.

Je vis qu’il n’était pas trop préoccupé par les conseils et les indications qu’il m’avait données. Je lui en sus gré. Tout de même, en le quittant, j’étais très irrité contre les sous-officiers de mon régiment. Il y avait longtemps que j’étais parti de là-bas et cette entrevue avec M. de Simond rafraîchit mes souvenirs.

A vrai dire, je n’étais pas ennuyé de ce qu’ils disaient de moi; mais cette espèce de haine méchante et satisfaite de tous ces gens pour Larcier m’inspira pour eux une aversion violente. Et plus vivement encore, je désirai retrouver Larcier, pour avoir de son crime l’explication que j’attendais. Mais arriverais-je jamais à confondre tous ces malveillants?

Nous déjeunâmes, Blanche et moi, dans un restaurant du Strand, très mouvementé et très pittoresque, et nous nous amusâmes beaucoup de nos efforts malheureux pour nous faire servir par ces Anglais, exactement selon nos souhaits.

Puis nous allâmes passer une partie de la journée à la National Gallery et, comme c’était mercredi, nous assistâmes à la matinée d’un théâtre.

Londres nous fatiguait un peu. Aussi, après la matinée, vers cinq heures et demie, au lieu de continuer à nous promener dans Regent street et dans Piccadilly, nous rentrâmes machinalement à l’hôtel, pour voir, soi-disant, s’il y avait du nouveau.

Arrivé là, je décidai d’écrire une lettre à ma famille. Comme je n’avais pas de papier à lettres, Blanche m’invita à venir en prendre dans sa chambre.