Il savait pourtant pourquoi nous nous étions mis à la recherche de Larcier... J’avais bien expliqué à Rocheton, mon ami du ministère de l’Intérieur, que je voulais un détective pour m’aider dans mes recherches, mais qu’il ne fallait pas que ce détective eût une mission officielle...
Je regardai M. Galoin, et ne sus que lui dire:
—Je ne veux pas qu’on arrête Larcier!
C’est alors qu’il me regarda—et cette seconde, je ne l’oublierai jamais—et qu’il me dit simplement:
—Il n’est pas question d’arrêter votre ami Larcier. Il est question d’arrêter un assassin... Il s’agit d’arrêter Bonnel...
—Bonnel?...
—Oui, Bonnel... l’assassin de Larcier...
XV
Nous nous étions tus. M. Galoin nous raconta ce qui suit:
—En arrivant à Toul, je m’étais rendu tout de suite à la maison du crime et j’avais fait demander par des gens du voisinage le commissaire de police, en lui disant que j’étais envoyé par la Sûreté. Il vint assez vite, et nous parcourûmes ensemble la maison du crime. C’est à ce moment que je découvris dans le grenier les papiers dont je vous ai parlé. Je n’y attachais pas encore une très grande importance, et je ne me rendis compte de ce qu’ils valaient que lorsque j’examinai les vêtements de Larcier. Ils étaient déposés au greffe, avec les autres pièces à conviction, et j’obtins, assez difficilement d’ailleurs, un mot du juge d’instruction, pour qu’on me laissât regarder de très près ces vêtements, ou plutôt les morceaux de ces vêtements—car il faut que je vous parle ici d’une particularité intéressante, et dont les journaux n’ont pas fait mention—c’est que la tunique était tailladée. J’examinai les morceaux de drap qui, par endroits, adhéraient à la doublure, et je fus frappé d’un détail qui avait échappé, je crois, à la sagacité de M. le juge d’instruction: les vêtements avaient été bien lavés, mais c’était surtout du côté de la doublure de satinette grise. Aucune trace de sang n’y demeurait; mais je vis, sur le contour de la tache qu’y avait laissée l’humidité, un léger liséré brunâtre. Je pensai donc que ces vêtements avaient été tachés de sang sur la doublure...