Pourquoi l’assassin s’était-il ainsi taché? Je rapprochai ce fait de la disparition du cadavre, puis je rentrai précipitamment à l’hôtel, où j’examinai une partie des papiers que j’avais dénichés au grenier.

C’est dans ces papiers que je découvris les noms de quelques correspondants de Bonnel, et particulièrement de ce Hilbert, sur qui j’ai enfin mis la main.

Parmi ces adresses, se trouvaient aussi celles de deux ou trois maisons de banque de Paris.

Je pris le train de nuit, de façon à être à Paris de très bonne heure, puisque nous devions partir à quatre heures pour Londres. D’ailleurs, si mon enquête n’avait pas été suffisamment avancée à ce moment-là, je vous aurais prié de remettre le voyage, ma présence à Paris étant nécessaire.

C’est grâce aux deux ou trois visites que je fis avant de vous retrouver à la gare du Nord, que je pus reconstituer la vie de Bonnel...

Je n’avais pas communiqué mes impressions au juge de Toul, puisque celui-ci avait son idée, et il ne faut pas contrarier les gens... mais ma conviction était faite.

Etant donné ce que vous m’aviez dit, j’étais sûr désormais que Larcier était venu demander ses comptes de tutelle à son oncle, et mes investigations m’avaient prouvé que le vieux Bonnel était à peu près ruiné... J’ai très bien pu reconstituer sa vie pendant ces dernières années...

Ce qui perd des scélérats comme ce Bonnel, c’est qu’ils ne sont pas tout à fait des scélérats. Il y a chez eux beaucoup plus de négligence, d’imprudence et parfois de guigne, que de scélératesse.

Il y avait seize ans que le père Bonnel, pour la première fois, avait été sollicité par un de ses amis pour une affaire de bourse qui devait donner des résultats extraordinaires. Il perdit ce jour-là cinquante mille francs, qu’il était sûr de pouvoir rétablir, et qui faisaient partie de l’actif des mineurs Larcier. C’est pour rattraper ces cinquante mille francs malencontreusement perdus que Bonnel, pendant seize ans, s’acharna à spéculer; non pas avec une déveine persistante, car il se serait peut-être arrêté, mais avec des alternatives de chance et de malchance qui, même dans les meilleurs moments, le laissaient assez loin du pair pour qu’il n’osât pas s’arrêter, et pour qu’il repartît encore à la recherche de ce qui lui manquait pour combler le déficit.

Après douze ans de lutte, le capital des enfants Larcier se trouva complètement anéanti. Il y avait quatre ans que Bonnel empruntait pour envoyer à Mᵐᵉ Larcier et à ses enfants les intérêts dont ils avaient besoin pour vivre.