—... Oui, oui...
—Moi non plus, dit le marquis. C'est une grande lacune chez moi. Je puis dire, sans me vanter, que je comprends à peu près tout, sauf la mécanique. Ainsi, savez-vous combien il m'a fallu de leçons pour apprendre l'anglais? Cinq. Pour la musique, c'est à peu près la même chose. Je joue n'importe quel air que j'ai entendu une fois. Il n'y a que les histoires de moteur que je n'ai jamais pu me fourrer dans la tête. Seulement, n'est-ce pas, j'entends toujours si un bruit est bon ou s'il est mauvais. Vous allez monter avec moi dans ma chambre. Je n'ai pas encore fait ma toilette ce matin, et je suis sûr qu'il y a des gens d'arrivés. Nous n'avons pas besoin de nous presser, car nous attendons un de mes amis qui est toujours en retard. Et, avec cela, il a si mauvais caractère qu'on n'ose jamais se mettre à table sans lui...
Il avait fait monter Julien, une fois le perron franchi, par un petit escalier tournant qui menait droit à un cabinet de toilette plein d'appareils à douches très compliqués.
«Bon! se dit Julien. Moi qui ai commandé le mien ce matin, par désœuvrement, après avoir attendu deux ans! J'aurais dû attendre encore deux heures de plus, et demander où s'achètent ces appareils qui me paraissent beaucoup mieux.»
Cependant, le marquis se déshabillait.
—J'ai été voir, dit-il, une faucheuse électrique américaine...
Il se mit à la décrire, mais Julien ne l'écoutait pas: il se demandait si le marquis allait se déshabiller complètement devant lui. Il le vit ôter tranquillement son gilet de dessous, ses chaussettes, son caleçon, et apparaître bientôt tout nu, bien replet et rose. Cependant, il continuait à décrire la faucheuse électrique, et Julien l'écoutait, en le fixant bien dans les yeux, pour ne pas paraître gêné, et aussi pour ne pas regarder plus bas.
S'étant bien arrosé et bouchonné, le marquis passa dans la chambre à côté pour se rhabiller...
—Descendez toujours au salon, dit-il à Julien en ouvrant une porte. Vous serez gentil de dire à la marquise que je serai prêt dans un instant. Tenez, descendez cet escalier, vous trouverez une porte; vous n'aurez qu'à la pousser, elle donne sur le salon.
Julien suivit ses prescriptions. Il poussa la porte indiquée, et se trouva brusquement dans une grande pièce claire, au milieu d'une dizaine d'inconnus... Il aperçut tout près de lui, trop près, la marquise, qui était la seule femme présente...