Il ne faisait pas entrer en ligne de compte un élément important: il s'était levé de très bonne heure, et sa journée avait été, somme toute, fatigante. Sa faiblesse d'imagination n'avait sans doute pas d'autre cause.

La chambre de Julien attenait à un cabinet de toilette, où se trouvait une grande armoire. Le valet de chambre lui demanda s'il fallait défaire la malle. Il se souvint qu'elle n'était pas tout à fait pleine, et qu'il s'était promis de la défaire lui-même. Mais il était dans une minute de fatigue, où il ne tenait pas à son prestige. Il laissa le domestique ranger ses vêtements et son linge dans l'armoire du cabinet, se laissa tomber sur un fauteuil de sa chambre, et s'endormit profondément, après un vague regard à un portrait de général qui se trouvait au-dessus du lit.

Quand il se réveilla, le domestique était parti, et il eut un moment de désarroi, jusqu'à ce qu'il eût retrouvé le chemin de la réalité, et donné un nom à l'endroit où il était. Il se sentait mal à son aise, et ennuyé. Il était peut-être très tard... Et quel vêtement mettre pour le dîner? Il aurait pu, sans doute, s'en informer auprès du domestique. Il ouvrit la porte de sa chambre, et vit un grand couloir désert... Était-il seul dans le château? Il vint se rasseoir sur le fauteuil, et découragé, regarda sa chambre.

C'était bien le type de la chambre d'ami. Tentures de cretonne claire, lit également en cretonne. Le sucrier était à son poste, ainsi que la carafe d'eau. La pendule était démodée. C'était une belle pendule en retraite. Elle n'ornait plus les appartements de réception. Elle n'avait droit qu'aux honneurs secondaires des chambres d'amis. Plus tard, quand elle serait devenue ancienne, et quand l'approbation d'une autre époque serait venue confirmer le goût de son époque natale, elle serait de nouveau remise à la place la plus glorieuse. Des chenets en cuivre jaune accomplissaient un stage du même genre.

Julien constata avec satisfaction qu'il y avait des lampes électriques, mais il vit aussi sur la cheminée des bougies de renfort, et se rappela qu'à table, le marquis avait dit qu'il fabriquait lui-même son électricité au château. Il tourna un bouton. Rien ne s'alluma. Mais la lumière ne marchait peut-être qu'à partir d'une certaine heure.

En passant dans le cabinet de toilette, il vit que Bertrand y avait déposé un pot d'eau chaude: ce qui l'obligea à faire une toilette au moins sommaire. Mais il ne savait toujours pas si l'on dînait ou non en smoking. On frappa à la porte. C'était le salut, l'apparition d'une voile à l'horizon de l'île...

—Avez-vous bien dormi? lui demanda Henri.

Julien n'aimait jamais avouer qu'il avait dormi. Il concéda avec peine qu'il avait sommeillé un peu...

—Vous vous habillez pour le dîner?

—Oui... justement... Et je me demandais quel costume...?