—Si vous vous en allez à Paris, vous pourrez y rester!
Allons! c'en était fait entre eux des délicatesses de pensée et d'expression qui jusque-là avaient maintenu leurs relations dans un si bon ton d'élégance!
Il répondit:
—Soit! J'irai à Paris, et j'y resterai.
Mais il ajouta, par crainte d'avoir prononcé une parole trop définitive:
—Et c'est, au fond, ce que vous souhaitez!
Elle haussa les épaules (ce qui n'avait rien de si désobligeant). Puis elle lui tendit la main et lui dit, avec une grande politesse:
—Je vous prie de m'excuser si je me retire. Je suis un peu fatiguée ce soir.
Elle rentra sur la terrasse, dit bonsoir à quelques personnes et, pour empêcher Julien de la suivre, emmena avec elle Anne Lorgis, qui avait fini sa partie.
Cette dispute puérile laissa Julien très agité. Il se sentait le cœur plein de désespoir, et aussi d'une âcre joie. Il descendit dans le parc et marcha comme un fou. Quelques minutes après, il se trouva devant la fenêtre d'Antoinette. Cette fenêtre n'était pas éclairée. Comment se faisait-il? Sans doute la marquise était allée jusque dans la chambre d'Anne Lorgis pour y causer un instant avec son amie. Alors Julien se persuada qu'il fallait absolument, le soir même, revoir Antoinette. On ne pouvait pas passer la nuit sur cette rupture incomplète. Il fallait s'expliquer plus nettement, se séparer si c'était nécessaire, mais ne pas se quitter aussi méchamment. Il fallait se dire n'importe quoi; il fallait se parler encore... Autrement, c'était pour lui et peut-être pour elle une nuit abominable.