Ils restèrent l'un près de l'autre sur les marches, ils ne surent jamais pendant combien de temps. Julien avait passé son bras autour de la taille d'Antoinette, et lui posait des baisers recueillis sur les tempes et sur le front. Il commençait à être gêné, et à se demander ce qu'Antoinette attendait de lui. A ce point qu'il aurait presque souhaité entendre un bruit dans la maison, qui les obligeât à se séparer. Alors, machinalement, il tendit l'oreille pour guetter ce bruit... Elle vit son geste, et elle eut peur... Elle se leva.

—Il faut vous en aller, dit-elle.

Il l'attira tendrement à lui, et voulut encore rencontrer ses lèvres, mais elle détourna la tête, et il ne put que la baiser un peu au-dessous de l'oreille. Il n'avait d'ailleurs pas de quoi s'en plaindre, car ce baiser fut d'une douceur infinie, bien que moins émouvant, moins significatif, moins solennel que le précédent.

Puis elle le repoussa légèrement, lui fit un gentil signe de tête et disparut du côté de sa chambre.

Il fallut que Julien descendît avec précaution, et ouvrît aussi doucement que possible la petite porte qui donnait dans le jardin. Dehors, il fut tranquille. Il avait, somme toute, le droit de faire le noctambule. Mais, une fois tranquille, il sentit le besoin de se gâter son bonheur, de se faire des reproches, de se dire qu'il n'aurait pas dû s'en tenir là, qu'Antoinette attendait de lui une preuve d'amour plus complète. Le succès l'inquiétait toujours, et il avait besoin d'un grand effort d'énergie pour faire tête à la bonne fortune.

CHAPITRE XXIV

La passion parle.

Très énervé, il ne pouvait arriver à s'endormir. Le baiser sur la bouche, décidément, ne signifiait pas pour lui la possession.

Et puis il lui semblait que ce n'était pas suffisant pour s'assurer sa conquête, et qu'elle pouvait encore lui échapper. Il sentait bien pourtant que ce n'était pas un baiser ordinaire, que celui-là comportait un acquiescement absolu. Mais, comme on dit dans les affaires, tant qu'un traité n'est pas signé... Elle avait donné des arrhes; elle pouvait les laisser perdre, et se dédire.

D'autre part, mais cela il ne se l'exprima que plus tard, c'était un plaisir bien plus savoureux que de s'arrêter, comme il avait toujours fait, aux étapes, de profiter de toutes les phases de son triomphe, pour ne pas gâcher, en poursuivant hâtivement la série progressive des satisfactions, le bénéfice de chaque joie partielle.