Il valait mieux ne pas aller trop loin tout de suite. Julien n'aimait pas les longs voyages en chemin de fer, qui sont énervants et salissants.

On ne pouvait pas, non plus, aller à Tours, où l'on connaissait trop de monde.

Paris?... Paris, l'été, est triste. Et puis ils habitaient Paris l'un et l'autre. Il valait mieux se dépayser. Un enlèvement ne se fait pas sur place.

Après avoir pensé à deux ou trois villes, Julien arrêta son choix sur Angers. Une demi-heure de petit train; une heure d'express depuis Saint-Pierre-des-Corps...

Le marquis devait partir le lendemain matin à la première heure. Lorgis lui prêtait sa voiture, plus rapide. Hubert comptait arriver en Bourgogne dans l'après-midi, coucher à Dijon, terminer ses affaires le matin qui suivrait, de façon à rentrer tout de suite à Bourrènes, qu'il ne quitterait ainsi que pendant une nuit.

Antoinette et Julien se feraient conduire par la victoria à Grevecey. Il y avait trop de place dans l'auto. Un des hôtes du château n'aurait eu qu'à vouloir profiter de l'occasion pour sortir, et les accompagner à la gare.

Antoinette était revenue sur la terrasse. Julien hésitait à rentrer... Il aurait bien voulu que le marquis fût remonté se coucher, afin d'éviter la formalité des adieux... Il lui sembla, de loin, que le bridge était terminé. Mais, à son entrée dans le salon, il vit Hubert en grande conversation avec son neveu Le Harné. Tous deux parlaient des origines du lawn-tennis, de la longue paume; ils se racontaient également des parties de pelote basque...

—Nous allons avoir un grand match de tennis! s'écria Le Harné, en voyant entrer Julien. J'ai appris que Hayes était en villégiature, tout près d'ici. Je lui ai écrit de nous rejoindre. Vous savez que Hayes a failli gagner le championnat anglais cette année?

—Bon! Bon! fit Julien. Il pensa qu'il n'assisterait pas à cette belle séance de sport.

Désormais sa vie ne se disperserait plus. Il n'avait qu'une passion, qu'une préoccupation, qu'un plaisir.