A la gare de Saint-Pierre, ils trouvèrent dans l'express de Nantes un compartiment où ils furent encore seuls. Aussitôt que le train se mit en marche, ils unirent encore leurs lèvres sans trouver plus de soulagement dans ce nouveau geste obligatoire. Comme son grand chapeau les gênait, elle l'enleva et posa la tête sur l'épaule de Julien. Il lui baisa les tempes et ses fins cheveux blonds, avec une infinie tendresse. Ces longs baisers fervents et consolateurs, ces caresses douces les apaisèrent et les rapprochèrent. Seulement Angers arriva trop tôt. Il fallut descendre du train, se faire conduire à l'hôtel. Elle attendait, très gênée, dans le vestibule, pendant que Julien demandait au bureau un appartement, «autant que possible composé de deux chambres et d'un salon.» Il espérait bien n'utiliser qu'une chambre, mais il était plus convenable d'en retenir deux.
Justement il y avait un appartement de libre au premier étage. Le gérant les y conduisit. C'était assez bien meublé, et admirablement disposé. Le salon séparait les deux chambres, deux grandes pièces peut-être un peu trop claires.
Cependant, il était près de deux heures et demie, et ils n'avaient pas déjeuné. «Madame est fatiguée, dit Julien au gérant; on pourrait peut-être nous servir à déjeuner ici.» Le gérant, un petit homme barbu qui ressemblait à un percepteur maussade, répondit: «Très bien, monsieur,» avec la complaisance modérée d'un homme dont on change les habitudes. Puis il ajouta:
—A cette heure-ci, il ne faudra pas demander quelque chose de très compliqué...
—Oh! je n'ai pas faim! dit Antoinette.
—Mais si, dit Julien. Et il commanda des œufs et des côtelettes.
Antoinette ne voulait boire que de l'eau. Julien n'osait proposer le champagne, qui lui paraissait bambochard et déplacé.
—Moi aussi, dit-il, je prendrai de l'eau.
Quand le gérant fut sorti, Antoinette porta un doigt à sa tempe. Ce n'était rien: un peu de migraine.
Julien lui conseilla un cachet de quelque chose...