—Si! si! dit-il. Il sonna, et comme on ne venait pas tout de suite, il descendit pour envoyer un garçon à la pharmacie.

Dans le vestibule de l'hôtel, il vit venir à lui un monsieur grisonnant qu'il avait déjà rencontré à Bourrènes. Le monsieur se fit connaître... C'était un chef d'escadrons de Tours. Il demanda à Julien des nouvelles du marquis et de la marquise.

—Retournez-vous à Tours ce soir? Moi, je prends le train de six heures et demie.

—Non, dit Julien, je vais faire un petit voyage.

—Tant pis! Tant pis! dit le cordial commandant. Nous aurions fait route ensemble.

Julien retrouva Antoinette assise sur un fauteuil du salon. Elle était accoudée sur un guéridon, et sa main fine soutenait son front.

Julien vint s'agenouiller à ses pieds, et murmura: «Chère, chère Antoinette!» Elle le regarda avec un effort de gentillesse: mais elle ne posa pas la main sur son épaule ou sa tête, avec un de ses gestes aisés, ces gestes d'abandon, que sait avoir une maîtresse. Pour Antoinette, la tête de Julien, son épaule, c'était encore quelque chose d'étranger, où sa main ne pouvait se poser naturellement. Ils étaient encore à une période un peu trop solennelle de leur histoire, où chaque nouveau contact a sa signification et son importance.

C'était comme un mariage hâtif, où l'on réunit brusquement, complètement, et pour la vie deux êtres qui n'ont pas eu le temps de se familiariser l'un avec l'autre.

Julien ne sentait que la gêne de ce manque d'expansion. Il n'en analysait pas les raisons. De nouveau refroidi, il ne sut que demander à Antoinette si son mal de tête allait mieux.

Elle mangea un rien d'œufs brouillés et de côtelette, laissant sur son assiette presque tout ce qu'il lui servait, et s'excusant en invoquant sa migraine.