—Premier choix. Ce ne sont pas des aventuriers.
—En effet, dit Julien, ce monsieur m'avait fait bonne impression...
—Et qu'est-ce que vous direz de sa femme? Justement elle est venue l'autre matin à l'Auto-Hall. Son mari faisait le prix pour une voiture. C'est une femme dans les vingt-cinq à trente ans, blonde, fort élégante, enfin à la hauteur.
Il ajouta, non sans brutalité, qu'il aimerait mille fois mieux passer la nuit avec cette dame toute nue qu'avec Julien tout habillé, et releva cette plaisanterie un peu «usagée» en disant affectueusement à Julien: «Mon vieux, vous ne vous formaliserez pas de cette préférence.»
Julien sourit avec complaisance, puis il quitta son ami à première occasion, afin d'être seul, tout seul, avec son rêve et la dame blonde.
Comment était-elle? Faudrait-il lui apporter des fleurs? Il ne le pensait pas. Et, en tout cas, s'il lui en apportait, il fallait qu'elle y vît seulement l'hommage d'un monsieur poli, et pas du tout la moindre intention.
Il était probable qu'elle était très adulée. Julien ne lui ferait pas la cour... Si c'était vraiment une jolie femme, tant mieux. Il aimait bien regarder les jolies femmes. Mais quelle satisfaction pour un jeune homme de son âge de se sentir sûr de soi, en dehors de leurs atteintes!
Certes, de sa maîtresse partie, Julien regrette toutes sortes de petites câlineries, de caresses tendres et machinales. Mais ce n'est pas cela que pourra lui donner la marquise de Drouhin. Admettons, folle hypothèse, qu'il songe à faire la cour à cette dame. Poussons les choses au mieux, admettons qu'il réussisse à se faire aimer d'elle... Ce sera encore des transports, on lui dira qu'on l'aime, que l'on tient à lui. Mais il a eu de cela à satiété; il n'y tient presque plus.
De deux choses l'une: ou le cœur de cette dame est libre, alors, le prendra qui voudra, ou alors elle aime quelqu'un d'autre, et Julien n'est pas homme à venir dissocier un couple bien uni...
Il allait, faisant ainsi des rêves divers, tout le long du chemin. Et quand il arriva chez lui, il avait déjà possédé, refusé et consolé plusieurs fois le cœur de cette marquise qu'il n'avait pas encore aperçue.