—J'ai que je suis désespéré!

Ils éprouvèrent, à cette parole enfin lâchée, une grande peine, et aussi un notable soulagement. Il n'était plus question de feindre, de feindre l'un pour l'autre, ou chacun pour soi-même.

Cependant, qu'allait-il dire? Allait-il faire cette constatation affreuse qu'ils n'auraient pas dû fuir, qu'ils avaient commis une erreur...

Une erreur? Non, il ne faut jamais dire cela!

Peut-être pensait-il à ce moment qu'ils s'étaient trompés. Mais, pour ménager la jeune femme, pour s'épargner à lui-même cet aveu pénible, il trouva une formule assez heureuse.

—Je crois, dit-il, que nous sommes partis trop tôt.

Et, chose curieuse, cette explication était la vraie. Et il s'en aperçut, en la développant.

—Oui, fit-il au bout d'un instant. Vous aviez, vous avez avec ceux qui vous entourent, des attaches, des attaches d'habitude que vous ne soupçonniez pas. Ce sont ces liens qui pèsent sur vous. Voilà la raison de votre tristesse. Car je crois, chère Antoinette, que vous m'aimez autant que je vous aime...

Elle vint s'appuyer contre lui, d'un geste charmant, son premier geste d'abandon depuis leur départ.

—Je crois, poursuivit-il, qu'à mesure que nous nous connaîtrons davantage, nous nous aimerons, sinon plus, ce n'est pas possible, mais plus complètement... Alors, à ce moment, il n'y aura pas à prendre de résolution. En vous rapprochant de moi, vous vous détacherez de votre ancienne vie, et nous aurons tellement le besoin de vivre ensemble, de nous isoler, que nous nous en irons tout naturellement de nous-mêmes, par le besoin d'être l'un à l'autre.