III

Ils retrouvèrent à sa place la petite ville séculaire de Moret, qui n’a pas l’habitude de bouger et ne court pas les aventures. Elle procédait simplement à ses métamorphoses matinales et quotidiennes. Ses boutiques, encore fermées une demi-heure auparavant, s’ouvraient sans hâte pour respirer le jour. Le bureau de poste, lui aussi, revenait à la vie.

Georges y pénétra en poussant une lourde porte qui raclait le sol. Ce bureau ne faisait pas sa toilette dès le réveil. Il s’ornait encore de deux ou trois bouts d’allumettes de la veille et de chiffons de papier qui représentaient des essais de télégramme dus à des expéditeurs hésitants ou économes, et soucieux d’exprimer leur pensée sous une forme à la fois claire et laconique.

Georges s’approcha du guichet.

— Est-ce qu’on peut avoir Paris tout de suite ?

— A cette heure-ci, monsieur ? Mais ce ne sera pas trop long. Quelquefois cinq minutes.

— Alors, demandez-moi Élysées 20-60.

Un facteur, en tenue négligée, s’apprêtait à nettoyer le bureau.

— Nous attendrons devant la porte, s’il vous plaît, dit Georges.

— C’est ça, dit la complaisante préposée. On vous appellera.