Ces dames étaient restées dans la rue et, faute de mieux, regardaient un petit étalage de mercerie. Plus loin, le magasin d’antiquités dormait encore son sommeil poussiéreux. Le bureau de tabac, s’adressant à une clientèle plus variée, était plus matinal.

Un petit garçon apportait les journaux de Paris, qui venaient d’arriver par le premier train. Georges en prit quatre ou cinq. Il vint en offrir à ses compagnes.

Mais Béatrice, précipitamment, lui enleva même celui qu’il tenait à la main pour sa lecture personnelle. Tout cela avant qu’il eût le temps de le déplier.

— Vous n’avez pas besoin de lire de journaux. Paris n’existe plus. Vous êtes tout à nous.

Elle avait fait une grosse boule de tout ce papier et avait jeté le tout dans le ruisseau, Georges ne vit là qu’un geste de gaminerie.

Peut-être eût-il pu remarquer qu’avant de lire et de plaisanter, Béatrice avait eu un mouvement d’énervement, mais il n’eut pas le loisir de réfléchir : le facteur l’appelait du bureau de poste. Son numéro était à l’appareil.

Toutes les instructions furent données au garçon du garage. Il devait aller sans retard prévenir le chauffeur de M. Gassy et l’envoyer sur la route de Sens, à un kilomètre au delà de Moret-sur-Loing, en lui recommandant expressément de prendre ses papiers pour l’étranger et son passeport. Ces paroles enregistrées, bien que la voix de Paris affirmât avoir tout compris, Georges les répéta pour plus de sûreté et se les fit répéter à l’appareil.

Puis il alla rejoindre ses compagnes, avec qui il se rendit à un garage de Moret, où il demanda une remorque.

Le petit conducteur de l’auto-transport était revenu, après avoir garé lui-même sa voiture. Georges lui avait déjà remis un bon pourboire, mais l’argent, pour ce jeune homme, n’était pas tout dans la vie. C’était désormais par un plaisir désintéressé qu’il suivait l’aventure de ce monsieur et de ces deux dames, retardant du temps qu’il faudrait les obligations de son propre service, et un certain nombre de livraisons qu’il devait faire à Fontainebleau. Il poussa sa sollicitude jusqu’à revenir avec le groupe sur la remorque.

Le chauffeur de Béatrice était assis sur son marchepied, comme Marius au milieu des ruines.