Trois heures environ après l’arrêt fatal, la vingt-quatre chevaux de Georges arrivait à l’endroit indiqué. Le chauffeur expliqua qu’il n’avait pas été prévenu tout de suite. Il avait dû préparer sa valise, faire ses adieux à la compagne actuelle de sa vie. Il avait dû également changer un pneu arrière de sa voiture.
Georges l’écouta distraitement ; il savait que ce chauffeur n’était jamais à court d’explications, qu’il donnait moins pour se justifier que parce qu’il aimait parler. On se demandait même s’il n’était pas capable de se mettre en retard exprès, rien que pour la joie d’exposer ensuite, dans tous leurs détails, les raisons de son inexactitude.
Tout le monde se mit à la besogne. On déballa les effets qui se trouvaient dans la voiture en panne et on les remballa le plus soigneusement possible dans les mallettes de Georges.
— Et que dois-je faire ? demanda à sa maîtresse le chauffeur de Béatrice.
— Eh bien, vous allez rentrer à Paris, et là, vous attendrez mes instructions.
Il formula à voix basse une requête, probablement relative à l’état actuel de sa trésorerie, car Béatrice, tout de suite après, sortit de son sac à main une liasse assez épaisse de billets de cent francs.
Elle le prit ensuite à part et, à voix basse, elle aussi lui adressa on ne sait quelle recommandation.
Puis le nouvel équipage partit à bonne allure sur la route de Sens, pendant que le petit chauffeur de l’auto-transport, leur intime ami de deux heures, les suivait tous d’un long regard.
IV
— Croyez-vous, avait demandé Béatrice, que nous pourrons coucher à Genève ce soir ?