— Genève, c’est encore loin, mais avec ma voiture, je suis tranquille.

— Je voudrais bien, implora-t-elle.

— Nous allons prendre nos dispositions pour cela. Tout de même, il faut que nous nous arrêtions pour déjeuner.

— Oh ! je n’ai pas faim, dit Béatrice. Et vous, Laurence, avez-vous faim ?

— Non, dit docilement Laurence.

— Nous avons pris quelque chose ce matin.

— Oui, mais d’ici à Avallon, par exemple, où nous arriverons pour l’heure du déjeuner, il est possible que vous ayez faim, dit Georges qui, lui, n’avait pas déjeuné avant de partir.

Ils traversèrent Pont-sur-Yonne, où la route fait de tels détours que les autos semblent vouloir dépister quelque détective à leurs trousses. Ils traversèrent Villeneuve, enclose comme l’est Moret-sur-Loing, entre deux vieilles portes, puis Sens, qui a l’aspect d’une petite grande ville. De Sens à Joigny et de Joigny à Auxerre, la route continue à être fort belle. D’Auxerre à Avallon, ils trouvèrent un certain nombre de trous et aussi par instant une machine à empierrer la route. La voiture de Georges, bien suspendue, roulait sur les sols rugueux comme sur un tapis de verdure.

Dix minutes avant l’étape fixée, ces dames n’avaient toujours pas faim, mais la vue d’un hôtel de bonne apparence eut pour effet de leur redonner quelque intérêt pour la nourriture.

Ils prirent place dans le restaurant. A la table d’à côté, toute une famille de personnes rousses, accompagnées d’un prêtre, dégustaient des quenelles de brochet, sur lesquelles ces dames jetèrent un regard qui n’avait rien d’indifférent.