— J’ai aussi, dit Georges, un télégramme à envoyer.
Comme il ne voulait pas mentir tout à fait, il fit envoyer une dépêche à ses amis du cercle, en s’excusant d’être parti si précipitamment et de n’avoir pas eu le temps de les prévenir.
Ils ne surent jamais à quelle raison de hasard ils devaient cet acte de politesse.
Après avoir quitté le portier, il s’arrangea pour passer devant le tableau des dépêches. Il remarqua tout de suite que le tableau n’était plus couvert en son entier de tout le papier jaune qu’il avait vu l’instant d’avant.
On avait certainement enlevé une dépêche. Une petite punaise d’attache, dans le coin inférieur de droite, laissait dépasser un tout petit morceau de papier arraché ; d’autre part, au-dessus du vide, la dépêche précédente était interrompue brusquement, au moment où elle faisait le récit d’une catastrophe de train au Canada.
VI
Trois quarts d’heure après, la question n’avait pas fait un pas.
Georges, en smoking, était revenu dans le hall, non sans avoir été faire un petit tour d’inspection au salon de lecture où il n’avait trouvé, en fait de journaux, que des exemplaires d’une date ancienne. Il se demanda si quelqu’un n’avait pas passé par là. Le salon de lecture était vide. Ces clients probablement se faisaient monter dans leurs chambres et à leurs frais leur gazette de prédilection.
Le jeune homme était plongé dans une perplexité stagnante, quand Mme Murier l’interpella :
— Béatrice me paraît un peu en retard. Voilà dix bonnes minutes que je suis descendue, j’ai fait le tour du restaurant. Personne de connaissance, en dehors de ce monsieur avec qui notre amie a causé tout à l’heure.