— J’ai idée que nous allons en Autriche, mais je n’affirme absolument rien. Elle m’a dit hier qu’elle avait une vague intention d’aller à Salzburg, mais elle n’en était pas sûre encore.
— Elle a dû passer chez moi, dit Georges, après vous avoir quittée.
— Oui, dit Laurence. Elle m’a dit : je vais prévenir Georges Gassy que nous passerons le prendre demain matin à six heures.
— J’ai trouvé, en effet, sa lettre en revenant du cercle, vers deux heures de la nuit.
Ils gardèrent un instant le silence.
— Que voulez-vous ? dit Laurence, faisons-lui confiance et continuons à ne rien lui demander. Elle m’a choisie pour compagne de voyage et pourtant, tout en étant des amies, nous ne sommes pas ce que l’on peut appeler des amies intimes, mais elle savait qu’on peut se fier à moi. Elle a d’ailleurs raison, bien que jusqu’à présent la vie ne m’ait jamais donné l’occasion de lui prouver, par un service important, que j’étais pour elle une amie fraternelle.
— Et quand elle vous a dit qu’elle m’emmenait ?…
— Eh bien, naturellement, j’ai supposé des choses et je me suis dit : Tiens ! je vais peut-être faire là-dedans l’office d’un chaperon. Mais tout de même je ne suis pas une enfant et vos attitudes réciproques m’ont fait voir que j’étais allée sans doute un peu loin dans mes suppositions.
— Évidemment, dit Georges, nous n’avons qu’à nous taire… C’est tout de même un peu gênant de voyager avec une personne aussi mystérieuse et de ne pas paraître remarquer sa préoccupation…
— Non. Elle se dit simplement que nous sommes, vous et moi, des gens discrets. D’ailleurs, c’est probablement pour ça qu’elle nous a choisis. Au moins, nous pourrons nous soulager un peu en parlant de ce mystère, quand nous nous trouverons seuls ensemble, comme à présent, dans un coin de hall.