Il rapporta à Laurence toutes les étranges remarques qu’il avait faites : la première à propos des journaux qu’on lui avait enlevés des mains, le matin, et aussi de ce télégramme qui, sur le tableau des dépêches, avait certainement été retiré par quelqu’un.
— On pourrait peut-être, dit Laurence, demander au portier qui a enlevé la dépêche en question.
Mais tout de suite elle écarta cette idée d’investigation sournoise.
— Non, dit-elle, ce genre d’enquête serait encore plus indiscret de notre part et marquerait une façon singulière de faire confiance à notre amie.
— La voici, souffla Georges.
— Tiens, murmura Laurence, pourquoi a-t-elle mis sa robe noire ?
VII
Dans un repas de palace, après les hors-d’œuvre et une fois la première fringale passée, la grande occupation des dîneurs consiste à se regarder mutuellement, sans avoir l’air de se voir. C’est une attitude plus polie que celle des chiens de faïence, qui ont l’air de se voir sans se regarder.
Aux tables diverses, les dames communiquent aux messieurs leurs observations sur leur prochain ou leur prochaine, mais ne tournent pas la tête. Leur visage semblerait aussi impassible que celui des statues si leurs lèvres ne remuaient pas un peu.
Quelques instants après, on voit le monsieur ramasser sa serviette et jeter un coup d’œil dans une direction où probablement on lui avait recommandé de ne pas regarder tout de suite. Une conversation de ce genre s’engagea entre les deux visages hiératiques de Béatrice et de Laurence qui, en très peu de temps, avaient éliminé presque tout l’effectif des dîneurs pour concentrer leur attention sur une table de quatre personnes, où se trouvaient une robe de foulard blanc et un ensemble de crêpe mauve. Le reste du monde avait disparu, y compris Georges, qui le sentit bien, mais ne s’en offensa point.