« Un crime, qui causera une profonde sensation dans le monde des affaires de la haute société parisienne, a été commis hier soir entre huit heures et dix heures.

« La banque Léopold Olmey et Cie jouit d’une réputation universelle.

« Elle est en relations avec les plus hautes maisons de l’étranger. On sait qu’il y a six ans M. Léopold Olmey mourut après une assez longue maladie ; depuis cette époque, l’administrateur délégué était Lucien Olmey, associé avec sa belle-sœur, Mme veuve Léopold Olmey, qui possède la plus forte partie des actions de la banque. M. Lucien Olmey en avait, lui aussi, une quantité importante.

« Hier soir, après la fermeture des bureaux, M. Lucien Olmey était monté dans son appartement, au troisième étage de l’immeuble où se trouve la banque.

« M. Lucien Olmey, qui était divorcé, habitait seul. Hier soir il avait donné congé à ses domestiques.

« Le fait que les assassins étaient au courant de ce détail semble indiquer que le crime a pu être commis par un familier de la banque Olmey.

« M. Lucien Olmey avait à son service particulier un valet de chambre et une lingère, un vieux couple marié. Il n’avait pas de cuisinière. Il prenait presque tous ses repas à son cercle.

« D’ordinaire, quand les deux domestiques sortaient le soir et qu’ils rentraient vers onze heures ou minuit, ils n’avaient pas coutume de passer dans l’appartement avant d’aller se coucher. Ils montaient directement à l’étage supérieur.

« C’est par le plus grand des hasards qu’hier au soir Félix Béhaut, le valet de chambre, passa par le bureau-salon de son maître, afin, dit-il, d’y prendre un petit vase de porcelaine qu’un raccommodeur devait venir chercher le lendemain matin, dès la première heure.

« Quand il ouvrit la porte du salon, un horrible spectacle s’offrit à ses yeux.