Évidemment, elle devait penser que, tôt ou tard, il apprendrait la nouvelle. Mais, pour un criminel pressé, il ne s’agit pas de se garantir contre tout l’avenir. La nécessité le réduit à une prévoyance au jour le jour.

Il sait bien qu’il ne supprimera pas le danger et que c’est au-dessus de son pouvoir. Mais il espère qu’il l’ajournera à l’infini, en l’écartant de lui chaque fois qu’il sera menaçant.

Il fait ce qu’il peut.

Il gagne du temps. Ce temps gagné pourra-t-il lui servir ? Il l’espère. Il tente sa chance.

Dix kilomètres avant d’arriver à Zurich, comme le prudent Adrien maintenait la voiture à une allure « pépère », un chauffeur moins terrorisé par la gendarmerie suisse les dépassa sur une ligne droite.

Il conduisait un petit phaéton découvert, une voiture assez ancienne, mais de force honorable. Adrien, chez qui la peur de l’autorité annihilait tout amour-propre et toute émulation, se laissa dépasser sans résistance.

Cependant le phaéton, après avoir pris une avance de deux cents mètres, sembla ne pas vouloir augmenter la distance qui le séparait de l’auto de Georges, et sur laquelle on aurait dit qu’il réglait son allure.

Était-ce un hasard, était-ce une manœuvre suspecte ? Georges leva la tête vers le rétroviseur et vit bien sur le visage de Béatrice qu’elle n’avait rien remarqué. Mais, dans le fond de la voiture, on reste un peu étranger à ce qui se passe, à moins de guetter les incidents de la route avec une attention spéciale.

— Adrien, dit Georges, ne restons pas derrière ces gens-là. Ils vont nous faire bouffer leur poussière.

— Il n’y a pas de poussière, objecta faiblement Adrien. La route est bien bitumée…