— Allons, dit Georges, avec une autorité subite, passez toujours devant.
Le chemin à cet endroit était assez dégagé. Il sembla au prudent chauffeur que la main tutélaire de son maître s’étendait au-dessus de lui, qu’elle le couvrait et lui enlevait toute responsabilité quant aux procès-verbaux et aux amendes.
Du moment qu’il était immunisé, il ne demandait qu’à laisser aller sa voiture. En quelques secondes la vingt-quatre chevaux se trouva sur les talons de ce phaéton prétentieux. Un appel de klaxon et l’autre de lui céder la voie.
Cependant le chauffeur de cette voiture tout en dégageant la gauche, « en mettait » visiblement tant qu’il pouvait, mais nos voyageurs le laissèrent sur place.
Malheureusement, et à l’encontre du vœu secret de Georges, ils ne purent profiter de leur avance.
On aperçut un village important qui, lui, n’était pas disposé à s’effacer, un de ces villages routiniers qui ne comprennent rien à la beauté du sport, qui s’attardent à protéger la vie de leurs habitants avec des écriteaux pleins de menaces et qui coupent court ainsi aux plus beaux élans des avaleurs de kilomètres.
Pendant la traversée de ce village antisportif, l’autre voiture combla tout doucement son retard et quand ils eurent dépassé l’agglomération, le phaéton n’était plus qu’à trente mètres de la « conduite intérieure ».
Mais quoi ? C’était peut-être par une inquiétude excessive que Georges s’était défié de ces chauffeurs innocents, qui suivaient tout bonnement la même route…
Quand ils entrèrent dans Zurich, le phaéton prit une route latérale, les laissant continuer tout droit devant eux.
Pour explorer les banques et les hôtels, afin d’y découvrir un Markeysen problématique, il fallait d’abord consulter un annuaire. On s’arrêta devant un café du Centre, dans une belle rue bien tracée et que bordaient de hautes maisons modernes sérieuses et propres.