Ces dames, qui n’avaient jamais soif, étaient de mauvaises partenaires pour les stations dans les cafés, si chères à tant d’âmes masculines. Mais Georges avait toujours un bon client dans la personne d’Adrien qui, par principe, ne laissait jamais son patron boire tout seul. On le trouvait toujours pour vider un demi, blonde ou brune, bien tassé.

Georges releva toutes les adresses et l’on se mit en campagne. On s’arrêta une douzaine de fois, mais on ne trouva aucune trace de Markeysen !

— Il est plus de trois heures. Il faudrait s’en aller dans la direction de Salzburg.

Ils quittèrent la ville et suivirent le large chemin, qui longe la rive septentrionale du lac. A quelques kilomètres de Zurich, Georges aperçut le phaéton arrêté sur le bord de la route…

Le mécanicien était descendu pour une panne à laquelle il remédia vraiment d’une façon miraculeuse. Car, à peine la voiture d’Adrien l’eut-elle dépassé, que ce chauffeur monta sur son siège et reprit sa route avec entrain.

Évidemment, ce phaéton, si ardent qu’il fût, n’était pas de taille à faire la course avec la vingt-quatre chevaux de Georges d’un modèle tout récent et dont il avait obtenu un des premiers exemplaires.

Mais, sur cette côte du lac, les bourgs se suivent à peu près sans interruption. Il est impossible d’employer la route, si roulante qu’elle soit, comme un autodrome. Les écriteaux et aussi, disons-le, le souci de la vie du prochain s’y opposent. Mais pourquoi le prochain ne se promène-t-il pas sur ces petites routes si charmantes qui ne sont pas le grand chemin et où il n’y a ni auto ni poussière ?…

Cependant, Georges commençait à être agacé par la présence obsédante de ce phaéton.

« Maintenant, pensait-il, ils ne nous perdront pas de vue. »

Mais il s’était bien gardé de communiquer ses impressions à Béatrice, qui paraissait toujours très tranquille dans le fond de la voiture.