De temps en temps, Georges levait la tête vers le miroir, où se reflétaient la baie du fond et la route d’arrière.

Le phaéton gris disparaissait et reparaissait selon les sinuosités du chemin.

Georges, qui avait son idée, se dit tout à coup qu’il préférait le voir passer devant.

— Arrêtons-nous pour faire de l’essence. Il y a une pompe, là-bas.

— Mais nous avons encore plus de trente litres, dit le chauffeur.

— J’aime mieux faire le plein. Nous voyagerons peut-être cette nuit et, comme ça, nous serons plus tranquilles.

En fait, il n’avait pas l’intention de voyager de nuit, mais son idée était de stopper un instant afin de laisser passer la voiture. Car il avait consulté la carte et s’était aperçu qu’au bourg de Rapperswill, on se trouvait en présence de deux chemins pour gagner la frontière autrichienne.

Il laisserait prendre au phaéton la route la plus directe et s’engagerait sur l’autre. Peut-être arriverait-il ainsi à le dépister.

Pendant qu’ils étaient arrêtés devant la pompe à essence, la voiture mystérieuse les dépassa. Mais Georges remarqua bien qu’elle ne forçait pas l’allure et il eut même l’impression qu’elle la ralentissait, afin de ne pas perdre contact avec la vingt-quatre chevaux.

A ce moment, le jeune homme fut à peu près certain que ce n’était pas par hasard, mais par la volonté précise de ses occupants que cette voiture se maintenait à leur proximité.