Il y avait à la table voisine un jeune couple d’Allemands ou d’Autrichiens. Ils étaient assez élégants, assez beaux à voir. Georges les plaignit de vivre une existence aussi prévue. Puis il se leva, traversa le hall et prit l’ascenseur, pour ne pas s’astreindre à la montée humble et lente d’une trentaine de marches… Comme un dieu, il s’éleva jusqu’au prochain palier.
En passant devant la chambre de Béatrice, il vit que la porte était entr’ouverte. Il frappa. Béatrice, en déshabillé de nuit, vint lui ouvrir. Les paroles entre eux étaient inutiles. Simplement quelques mots de la jeune femme, des mots insignifiants : « Vous avez dîné en bas ? » prononcés tout doucement pour lui indiquer qu’il ne fallait pas parler trop haut, à cause de la chambre voisine. Puis un baiser tendre et prolongé.
En la quittant, deux heures après, Georges pensa que c’était mieux ainsi à tout point de vue.
Il avait uni plus profondément leurs deux destinées. Il n’établissait aucune contradiction entre ce qui venait de se passer et les résolutions de chasteté qu’il avait prises très peu de temps avant.
D’ailleurs, il y a fort peu de contradictions dans la vie, sinon en apparence. Tout arrive à se concilier grâce à la raison de plaisir, plus forte que la raison d’État.
XIII
Georges s’étonnait que Mme Murier ne fût pas encore au courant de la mort singulière de Lucien Olmey.
Elle devenait pour lui une étrangère un peu encombrante.
Le lendemain matin, comme ils étaient allés tous les trois faire un tour dans Innsbruck, en attendant la voiture qu’Adrien équipait de deux pneus neufs, ils s’arrêtèrent devant une librairie où l’on vendait des journaux français. Laurence pénétra dans le magasin.
Sans doute allait-elle trouver sur une des feuilles un article relatif au meurtre du banquier ?