— Ils sont loin de nous ? demanda Béatrice.
— Il est difficile de le savoir exactement, dit Georges tout en dirigeant Adrien à la sortie d’Innsbruck. A l’hôtel le portier m’a dit qu’il était parti il y a un quart d’heure. Une demi-heure, m’a dit le gérant. Évidemment ils n’ont pas chronométré leur mise en route. Ils ne soupçonnaient pas l’intérêt sportif que représentait l’heure de leur départ.
La route, en sortant d’Innsbruck, est assez bonne, mais fort sinueuse et ne constitue pas la piste rêvée pour un match de vitesse. En outre, les chemins, là encore, étaient empoisonnés par la pose du câble international. La plupart du temps on ne pouvait rouler que sur une moitié de la chaussée. Les hommes travaillaient sur l’autre côté. La plupart, nus jusqu’à la ceinture, montraient des torses de bronze.
A maints endroits, comme il n’y avait la place que pour une voiture de front, des vieillards, impropres à un service plus actif, agitaient un petit drapeau rouge pour ouvrir ou pour barrer la route. Georges s’impatientait. Mais il se disait que la voiture de M. Markeysen, suivant le même chemin, avait connu aussi les mêmes raisons de retard.
Ce jour-là au moins, ils n’eurent pas la surprise de voir une route soudainement barrée, pour permettre la perception d’un droit de passage.
C’est ce qui leur était arrivé la veille au moment où ils pénétraient dans le Tyrol. A cet endroit on paye la valeur d’une cinquantaine de francs français que l’on eût abandonnés assez vite si cette formalité ne s’était accompagnée d’une paperasserie interminable, et d’une vérification méticuleuse de numéros de voiture, de châssis et de moteur.
Quand ils en eurent fini avec les poseurs de câble, ils furent tarabustés par un side-car, que les sinuosités incessantes de la route ne leur permettaient pas de dépasser. Enfin, ils aperçurent un beau palier droit de quelques kilomètres. Mais, maintenant, le side-car qu’ils avaient rejoint, leur pare-brise baissé afin d’éviter la poussière, maintenant ce side-car présomptueux s’obstinait à rester au milieu de la chaussée, sans s’écarter sur la gauche ainsi que le prescrivaient la civilité puérile et honnête et les règlements autrichiens. A la fin il se décida et ce fut la vingt-quatre chevaux qui lui fit à son tour, et pendant un trop court instant, l’hommage de sa poussière.
Ils arrivèrent dans un charmant village tyrolien qui s’appelle Saint-Johann, mais Béatrice, malgré l’attrait d’une auberge avenante, ne voulut pas s’arrêter pour déjeuner. Il était d’ailleurs d’assez bonne heure et, d’après l’évaluation de la distance, il ne paraissait pas trop ambitieux de viser un déjeuner à Salzburg.
Cependant, il s’agissait de traverser un coin de Bavière, puis de rentrer en Autriche peu après. On aurait donc affaire à quatre douanes. Les formalités furent remplies assez rondement, malgré la nécessité d’établir une feuille de passage en Allemagne. A l’hôtel d’Innsbruck, Georges s’était muni de quelques Rentenmark, qui lui permirent d’acquitter rapidement les droits exigés.
La douane allemande, à l’entrée en Bavière, se trouve sur une route de montagne. A partir de cet endroit, le sol devient merveilleux. La voiture avait des ailes. Stimulé par Georges, Adrien la lançait à une allure de record. On redescendit sur la station balnéaire de Reichenhall, où l’on fut bien forcé de ralentir.