Mais Georges augura qu’ils avaient rattrapé une bonne partie du handicap qui les séparait de M. Markeysen.

Après avoir retrouvé des douaniers allemands, puis des douaniers autrichiens, ils continuèrent à pleine vitesse sur la route assez droite qui menait à Salzburg et, soudain, ils eurent la joie d’apercevoir devant eux, environ à un kilomètre, une auto imposante, qui devait être la voiture en question. Mais leur triomphe fut contrarié par une intervention vraiment stupide du destin. Le Destin est un grand maître, c’est entendu, mais vraiment il se livre à des facéties qui ne sont pas dignes de lui.

Devant eux, sur la droite, à deux cents mètres environ, filait de toutes ses forces un petit tacot assez ancien. Le conducteur de cette voiture avait sans doute oublié qu’il était rentré en Autriche et qu’il fallait rouler sur la gauche. A sa rencontre arrivait un camion qui venait de Salzburg… Le chauffeur du tacot marqua un instant d’hésitation avant d’aller sur sa gauche. Le gros accident fut évité, mais non pas l’accrochage, si bien que la route se trouva obstruée devant la vingt-quatre chevaux. Georges arrivait à point pour servir de médiateur entre le tacot, qui ne parlait qu’italien, et le camion, dont l’allemand était la langue maternelle.

Comme les passagers de la voiture médiatrice ne connaissaient que le français, les choses furent assez longues à s’arranger. Elles s’arrangèrent cependant. Sept ou huit bonnes ou plutôt mauvaises minutes s’étaient écoulées quand Georges put prendre sa route. Pour comble de malheur, troublé par ces événements, il n’avait pu étudier à l’avance le plan de Salzburg. La recherche de l’hôtel fut interminable, en dépit et peut-être à cause des renseignements qui leur furent prodigués en allemand par des indigènes d’une complaisance intarissable. On avait beau leur dire : « Comprends pas » ou : « Ich verstehe nicht », on ne faisait que stimuler leur éloquence et leur zèle didactique.

Enfin, le langage universel de l’index et des gestes de bras les fit parvenir à l’hôtel indiqué. Hélas ! M. Markeysen et son équipage étaient déjà sur la route de Munich !

Il était difficile de repartir immédiatement. A la rigueur, Georges, Béatrice et Laurence, emportés par la fièvre de la poursuite, se seraient passés de déjeuner, mais il fallait absolument qu’Adrien mangeât un morceau, car il avait fait une étape fatigante. Raison majeure encore : on manquait d’essence et le prévoyant chauffeur n’avait pas pris assez d’huile. On fit venir un homme du garage pour procéder à ces opérations de ravitaillement devant la façade même de l’hôtel. Pendant ce temps Georges fit préparer des sandwiches et des bouteilles de bière pour boire et manger dans la voiture… Cependant Béatrice interrogeait le gérant et apprenait de lui des choses affolantes. M. Markeysen était passé en vitesse en demandant au portier qu’on lui expédiât tout le courrier qui viendrait, non à Munich, mais à Strasbourg, car d’après quelques mots qu’il avait prononcés il semblait qu’il brûlerait Munich comme il avait fait de Salzburg et se dirigerait en toute hâte vers Paris.

— Il faut partir, supplia la jeune femme, il faut partir tout de suite !

Georges sortit sur le perron pour voir si la voiture était prête. On achevait d’y mettre de l’huile sous la surveillance d’Adrien qui, avec une sérénité magnifique, mangeait du pain et du hareng mariné.

Béatrice, impatiemment, allait prendre place dans l’auto, quand un employé de la réception s’approcha d’elle.

— C’est bien madame… Olmey ?