Ces déterminations, nettement prises, lui avaient donné une grande sérénité.
A six heures moins une, la voix enchanteresse d’une trompe d’auto lui annonça la venue de sa belle, et, tout de suite après, une imposante six-cylindres tourna le coin de la rue… La place auprès du chauffeur était libre et il y avait deux dames dans le fond de la voiture. Après que l’auto se fut arrêtée, Georges identifia la compagne de voyage. C’était une amie de Mme Olmey, Laurence Murier, la femme du sculpteur. Georges ne regretta pas trop la présence de ce tiers. Il n’était pas assez intime avec Mme Olmey pour souhaiter un tête-à-tête trop précipité.
— Vous connaissez mon amie Laurence ?
— Si nous nous connaissons ! dit Georges, en s’inclinant.
— Vous voyez, dit Mme Murier, Béatrice nous enlève tous les deux.
— Ne perdons pas de temps et mettez-vous à côté du chauffeur.
— Et ne demandez aucune explication, dit Laurence. Surtout pas à moi, car je serais complètement incapable de vous en donner.
Il sembla à Georges — et peut-être à ce moment fut-il un peu déçu — que le mystère de l’aventure s’éclaircissait un peu. C’était tout simplement un caprice de jolie femme, une balade joyeuse, la possibilité aussi d’un tête-à-tête dont tout homme bien fait pouvait envisager sans crainte, sinon sans un trouble léger, les charmantes conséquences.
Pourtant, Georges eut cette impression que Béatrice paraissait un peu sérieuse, comme si l’équipée avait été de toute autre importance…
Elle n’avait rien dit à son chauffeur, qui s’en allait vers la porte d’Italie et s’engagea ensuite sur la route souvent pavée qui mène à Juvisy. C’est une des sorties de Paris les plus fréquemment employées. Ce chemin mène soit à Sens et à Dijon, soit à Nemours, Montargis, Nevers, Vichy. C’est le chemin de la Suisse, du Midi ou du Centre. Il ne fait aucune promesse d’imprévu.