Georges, d’ailleurs, ne pensait à rien, tout à la joie d’une promenade matinale. On quittait Juvisy et on roulait maintenant sur un billard. De grands écriteaux avertissaient les chauffeurs que la route était glissante en cas de pluie, mais le beau temps qu’il faisait lui laissait, ce jour-là, tous ses avantages.

On atteignit Ris-Orangis, puis Essonnes. Deux ou trois lieues plus loin, on pénètre dans la forêt. A un carrefour, on laisse Fontainebleau sur la gauche. Le chauffeur prit la direction de Sens. On ne s’en allait donc pas sur Montargis et sur Vichy.

Deux ou trois lieues après la bifurcation, on traverse, sous sa porte d’entrée, et tout de suite après sa porte de sortie, la petite ville de Moret-sur-Loing. C’est à ce moment que deux ou trois petits grondements suspects se firent entendre dans la voiture. Georges regarda le chauffeur, dont le visage s’était un peu assombri.

— Qu’est-ce que c’est que ce bruit-là ?

— Je n’en sais rien, fit l’homme en hochant la tête. Si ça continue, on va être obligé de regarder.

Or, le bruit ne cessa point. Le chauffeur fit de la tête un geste de dépit, puis un autre de dénégation : il obliqua la voiture tout à fait sur la droite et stoppa.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Béatrice, qui sembla à Georges plus alarmée que de raison.

— Je vais voir, madame ; dit le chauffeur.

Son visage était impénétrable. Il souleva le capot, puis remit le moteur en marche.

Il avait l’aspect tragique d’un augure qui, avant un combat hasardeux, interroge les entrailles des bêtes.