Le temps était passé où les enfants prodigues, exilés du foyer paternel, n’avaient qu’un tour à faire dans la campagne pour trouver une place de gardeur de pourceaux.
Pour se présenter dans une ferme, il eût fallu se procurer une mise spéciale et remplacer ces vêtements de fils de famille par des effets de toile, de préférence un peu usagés.
Il était trop grand pour se proposer comme mousse dans un navire en partance. On aurait peut-être pu l’engager comme steward, pour servir les passagers. Mais c’était encore un emploi auquel il se sentait mal préparé. Et, par surcroît, il avait grand’peur du mal de mer.
Se placer comme chauffeur ? Il savait conduire une auto, c’est-à-dire qu’il avait passé son brevet. Mais il ignorait tout du mécanisme des voitures. Les mots de « bougie », de « magnéto » l’effrayaient comme des noms de maladie. Il ne voulait pas s’exposer, en pleine route déserte, à avouer brusquement son incompétence à des patrons suffoqués.
La nuit précédente s’était passée en chemin de fer. Le grand air de la promenade en auto, la séance du casino l’avaient un peu aplati. Il se jeta sur son lit et remit au lendemain la recherche d’une position sociale.
IV
Or, une affiche manuscrite était apposée depuis huit jours dans le hall de l’hôtel. Elle demandait un professeur de français pour être attaché à une famille aisée.
C’était le seul emploi que Robert fût capable de remplir ; c’était le seul auquel il n’eût pas songé.
Il aperçut la pancarte le lendemain matin, en descendant pour son petit déjeuner, qu’il avait décidé de prendre, non à l’hôtel, mais dans un petit café du pays ; car il fallait ménager ses ressources.
On demande un professeur de français pour famille aisée. S’adresser au portier de l’hôtel.