— Hé bien, qu’est-ce que tout cela signifie ? se décida à demander Robert.

Esteban répondit évasivement.

— Ce n’est rien… une farce… Je vous dirai plus tard…

Après tout, il n’y avait peut-être là qu’une gaminerie. Robert n’en était pas sûr, mais il détestait les enquêtes, quand elles menaçaient de le conduire à une découverte désagréable.

Il ne put cependant s’empêcher de remarquer qu’Esteban, après s’être tu, s’était mis maintenant à parler, avec une volubilité extraordinaire, de sujets sans grand intérêt… Il y avait un effort visible dans ce flux de paroles, comme un besoin de changer les idées de son compagnon et de l’attirer n’importe où, mais loin de ses soupçons.

— Dites-moi des vers, demanda-t-il à Robert, dès qu’ils se furent assis sur la plage.

Robert, nourri de poésie, résistait difficilement à une invitation de ce genre, d’autant plus qu’il trouvait chez le petit Esteban un auditeur frénétiquement sensible, qui écoutait les poèmes avec des yeux insatiables.

Cette séance de lyrisme dura jusqu’à l’heure du goûter. Ils se rendirent au Casino. Esteban voulut à toutes forces payer les consommations, et, au grand étonnement de son précepteur, sortit de sa poche un billet de cent francs. Or, Esteban, au déjeuner, avait eu besoin de grands efforts pour soutirer quarante sous au père Orega.

Mais Robert n’était pas au bout de ses surprises.

— Papa et maman, dit le jeune garçon, sont partis en auto sur la côte. Ils ne rentreront pas avant le dîner… Voulez-vous me faire un grand plaisir ?