Ceci était dit dans une petite pièce claire, qui donnait de plain-pied sur la vaste cour d’entrée de la maison Gaudron. Assis au bureau, compulsant des livres, était assis un gros homme « assez chic », en complet gris de bonne étoffe anglaise. Il avait le visage rond et rasé, les cheveux blonds renvoyés en arrière, à l’argentine.

Robert vit dans cette large face accorte deux yeux bleus très clairs qui le regardaient.

— Je cherche un comptable ? Mais oui, monsieur, c’est exact. Mais je dois vous prévenir que la personne aura du mal à s’y reconnaître dans les comptes du zigoteau que j’ai renvoyé. C’était un phénomène… C’est vous, monsieur, qui voulez vous placer ?… Je dois vous dire tout de suite que je ne puis donner que quatre cents francs, et je me rends bien compte que ce n’est pas énorme par le temps qui court. Mais le travail que vous aurez ici pourra sans doute vous laisser du temps de libre. Il faudra, bien entendu, que vous soyez présent au bureau à tout événement. Mais vous pourrez y travailler pour vous, si vous trouvez en ville des copies, ou des rapports à exécuter… Si ça vous va comme ça, je vous demanderai quelques références…

Robert donna son nom et son adresse à Paris. Il avait bien l’impression que M. Gaudron lui ferait confiance et n’écrirait à personne. Aussi donna-t-il également le nom et l’adresse à Dinard des personnes chez qui, dit-il, il avait été placé comme précepteur.

— Alors, dit M. Gaudron, vous avez de l’instruction. Vous n’en aurez guère besoin ici. Mais, si vous avez de l’instruction, ceci me confirme dans l’idée que vous êtes un garçon comme il faut et bien élevé. La bonne éducation, ce n’était pas la principale qualité de votre prédécesseur…

Robert ne put s’empêcher de sourire…

— Pour les rapports avec les clients, continua M. Gaudron, je préfère avoir un représentant mieux élevé que M. Gorgin…

… Allons, allons, ajouta-t-il, je vous donnerai quatre cent cinquante pour commencer. La vie n’est pas bon marché… Et, si je vois que vous faites l’affaire, comme je suis menacé d’un voyage à la Plata, je ne serai pas fâché, dans ce cas-là, d’avoir ici quelqu’un de sérieux, pour mener la barque en mon absence…

— C’est trop beau, pensait Robert. Il doit y avoir un revers à cette jolie médaille.

C’était toujours sa coutume d’être mal à l’aise dans le succès.