Le patron paraissait d’ailleurs assez gêné de l’inviter aussi vite. On aurait pu le sentir à la brusquerie cordiale avec laquelle il lui dit :

— Monsieur Nordement, sans façons, voulez-vous me faire l’amitié de dîner ce soir chez moi dans l’intimité, avec ma femme et moi ?…

« … Vous m’excuserez seulement si je vous quitte d’assez bonne heure. Car j’ai un rendez-vous dans la soirée… au Casino de Cabourg. »

A la réflexion, Robert se dit que cette invitation, c’était peut-être pour son patron un bon moyen de plaquer Mme Gaudron en la laissant en compagnie d’un invité.

Mme Gaudron ?

Il pensait un peu à Mme Gaudron…

Dès le moment où il avait entendu dire que M. Gaudron était marié à une belle dame blonde, un sournois petit espoir romanesque était entré en lui.

Il l’avait repoussé tout de suite par cette habitude de sagesse bourgeoise, qui nous interdit de faire fond sur l’exceptionnel.

Tout de même sa raison héréditaire ne lui interdisait pas la curiosité.

Il fallait la voir, cette personne mince, à l’air sérieux… Alors l’espoir romanesque revenait à la charge, et, avec les pinceaux de l’imagination, essayait de lui faire le portrait de la belle inconnue…